mercredi 1 mai 2013

LOSSE (de)

La vie de Dominique de Losse, dit La Touche, est peu connue, bien qu'il paraisse avoir joui d'une grande considération.
Après le massacre de la Saint-Barthélémy, en 1572, les réformés se réfugièrent en grand nombre dans les villes restées en leur pouvoir, ou passèrent à l'étranger. La Rochelle en vit arriver des milliers, avec une cinquantaine de pasteurs : La Touche, pasteur de Saint-Fulgent (Vendée) depuis 1570, en est du nombre. On le retrouve réfugié l'année suivante en Angleterre.
La paix s'installe peu ou prou. Il revint à Saint-Fulgent en 1576, et les 15, 16 et 17 août de cette même année, se tient le synode provincial à Saint-Maixent (Deux-Sèvres). La Touche fit parti des députés présents.
De nouveau, il dut s'enfuir, le 22 décembre 1576, pour sa sécurité alors que les réformés de Mouchamps avaient fait avec l'église de Saint-Fulgent un traité par lequel celle-ci consentait à leur prêter  son pasteur, à la condition qu'ils contribueraient pour un tiers à son entretien.
L'église de Mouchamps reçut, le 10 septembre 1577, la visite du ministre Sibileau, et, vers la fin de novembre, La Touche lui-même revint dans la région, pour officier à la fois à Saint-Fulgent et à Mouchamps. A cette époque, il résidait à Saint-Fulgent, et les jours où il devait prêcher à Mouchamps, on l'envoyait chercher. 
Mais cette dernière église, étant de beaucoup la plus nombreuse, fit demander, l'année suivante, au synode de Sainte-Foy, que le pasteur y fît sa résidence. L'affaire fut envoyée au synode provincial. La Touche devint par la suite le pasteur de Mouchamps seule.
Depuis 1572, les réformés étaient restés sans pouvoir tenir de synodes nationaux, qui se rassemblèrent à partir de 1583. Ils les convoquèrent plus fréquemment à partir de 1594, et multiplièrent en même temps leurs réunions politiques. En 1588, on retrouve La Touche député par le Poitou à l'Assemblée politique de La Rochelle. En 1596, pendant qu'une assemblée générale se réunissait à Loudun, il présida un synode, qui se tint à Saumur (Maine-et-Loire).
Dans beaucoup de lieux, les protestants ne jouissaient pas encore de la paix. Le sieur de la Boucherie ayant fait fortifier sa maison, située aux confins du Poitou, de la Bretagne et de l'Anjou (paroisse des Landes-Genusson), au commencement de l'année 1598, le ministre De Losse y établit une annexe de son église de Mouchamps, et il s'y rendait des trois provinces limitrophes des fidèles de plus de quinze lieues. Il desservait également les Herbiers.
En mai 1598, Madame, soeur de Henri IV, demanda au synode national de Montpellier que de Losse fut donné à l'Eglise recueillie dans sa maison au Louvre « pour y servir quatre mois de l'année », ce qui lui fut accordée. Mais ce pasteur, donnant comme excuse une indisposition, n'accepta pas cette charge, et le synode du Poitou, réuni à Saint-Maixent trois mois plus tard, décida d'envoyer par écrit au Consistoire de l'Eglise de Madame « les vallables excuzes au dict sieur de la Tousche ». Ce synode provincial substitua La Touche à Hénard, décédé, comme membre de la commission chargée de réviser la discipline. De Losse prêcha bien par occasion à Paris, au Louvre même, devant les seigneurs et dames huguenots de la cour, notamment en décembre 1598. [1]
Cette même année, sa protectrice Catherine de Parthenay le demanda pour chapelain, et il lui fut accordé par le Synode national de Montpellier.
Catherine de
Parthenay
Il avait été l'un des témoins, en 1575, au mariage (pourtant célébré dans l'intimité et sans faste) de cette grande dame huguenote et de René II, duc de Rohan. Dans ses moments de loisirs, De Losse se livrait à la peinture : en 1630, on pouvait encore voir, au Parc-Soubise, deux portraits d'enfants (Henriette et Catherine) de la famille de Rohan, exécutés par lui.
C'est en cette qualité de chapelain qu'il prit part à la conférence de Nancy : en 1599, il s'y rendit, accompagné de Jacques Couët du Vivier, pasteur de Bâle, à l'appel de Catherine de Navarre, avec qui Catherine de Parthenay était très amie. Couët devait « seconder le pasteur La Touche dans le débat théologique qui l'opposait au jésuite Commolet et au capucin Esprit dans leur effort de convertir la duchesse. » [2]. La soeur d'Henri IV refusa farouchement l'abjuration.
Dominique de Losse était d'origine italienne : il fut naturalisé et anobli en novembre 1606. Il fut pasteur à Mouchamps jusqu'en 1608 et mourut avant 1626. 




Je n'ai trouvé que très peu de traces consultables sur cet ancêtre.

Une source le rattache à Jean II de Losse (1504-1580), dont il en serait un fils. Ce dernier était un célèbre noble périgourdin, dont la carrière militaire s'est construite durant les guerres de religion [3]. Mais comme Dominique de Losse fut anobli en 1606 et déclaré d'origine italienne, je ne crois pas à cette filiation.

1. — Losse (Dominique de) naquit à Cesena, près de Bologne, en Italie. Il épousa, en 1572, à Loudun (Vienne), alors ministre de Saint-Fulgent, Madeleine Moreau, fille de feu maître Guillaume Moreau, qui lui donna au moins une fille et deux fils :
    Madeleine (prénommé Marguerite par Augustin Bobe), qui épousa Jacques Crozé, pasteur de Civray (Vienne) de 1598 à 1613. Auteur, ce dernier dédie un de ses traités à son beau-père, sieur de la Touche, pasteur de Mouchamps (voir l'article CROZÉ) ;
    1. l'aîné, nommé René, sieur de la Touche, fit ses études à Sedan aux frais de la province de l'Isle-de-France, qui acquit ainsi des droits sur lui ; mais il n'en tint pas compte, et abandonnant son église de Compiègne, il accepta vocation de l'église de Mouchamps à partir de 1607 (jusqu'en 1637), succédant à l'office de son père. Il en résulta des contestations qui ne s'apaisèrent qu'en 1614, le Synode national de Tonneins ayant exhorté les églises de l'Isle-de-France à ne plus inquiéter le pasteur au sujet de la somme modique qu'elles lui réclamaient. Le partage de ses biens fut établi en date du 17 octobre 1642, ses co-héritiers étant Dominique de Losse, sieur de la Crouaillevie, en tant que principal héritier de son père Charles, Isaac Crozé, sieur de la Roche, représentant tant sa mère Magdeleine de Losse, soeur du défunt, qu'Hélie Janneau, sieur de la Maisonneuve, gendre de cette dernière ;
    2. Charles, qui suit ;
    2. — Losse (Charles de), écuyer, cadet du pasteur de Mouchamps. Il étudia également la théologie, et fut ministre à Clermont en Bauvaisis, puis à Chartres. Lui et son frère La Touche (René) procèdèrent au partage des biens de leur père en présence de leurs soeurs, en date du 16 juillet 1626. Il épousa par contrat en date du 23 octobre 1604, passé au château de Vuarty (Warty, alias Fitz-James, dans l'Oise), Anne de Fournival, dont il eut  :
    1. Dominique, qui suit ;
    2. Anne, qui, en date du 3 septembre 1637, était veuve de Nicolas Dami?, écuyer ;
    3. Louise, qui fut l'épouse d'Abraham de Fourré. Leur fils, Charles, écuyer, sieur des Pillières, avocat au Parlement de Normandie, épousa Anne de Roësses le 8 septembre 1654 au Temple de Quevilly (Seine-Maritime). L'ancêtre de celui-ci, Jean Fourré, fut anobli à Naples par Charles VIII en 1494 et blasonne comme suit : « de gueules à trois chevrons renversés d'argent » ;

    3. — Losse (Dominique de), écuyer, sieur d'Arquinvilliers et de Crouaillevie, fit ses études à Sedan et y soutint, en 1625, la 1ère partie d'une thèse De sanctis et corum cultu, imprimée d'abord à Sedan, in-4°, et insérée plus tard dans les thèses sedanaises. Il figure sur les registres de Quevilly, en Seine-Maritime [4]. Le partage des biens de ses parents fut passé en date du 3 septembre 1637, en présence de ses soeurs. Iépousa Marie Common en 1638 à Loudun et par contrat de mariage du 27 novembre 1637, et il fut le père d'au moins :
    1. René, qui suit ;
    2. Dominique, baptisé en septembre 1640 à Loudun ;
    3. Pierre, baptisé en mars 1644 à Loudun ;
    4. Marie, baptisée en mars 1645 à Loudun ;
    5. Catherine, baptisée en février 1647 à Loudun ;
    6. Anne, baptisée en février 1648 à Loudun ;
    7. Dominique, baptisée en novembre 1649 à Loudun ;
    4. — Losse (René de), sieur de Montbué (fief de Bué, à Véniers, Vienne), baptisé en avril 1639, épousa le 26 septembre 1666, à Thouars (Deux-Sèvres) et par contrat de mariage le même jour, Marie Pellens, née vers 1642 et inhumée le 1er mars 1714 à Véniers, fille de Pierre, lieutenant à Thouars, et d'Antoinette Bouquet. De leur mariage sont issus :
    1. Charles, baptisé en mars 1670 à Loudun ;
    2. Marie, baptisée en août 1677 à Loudun, qui épousa, le 20 août 1688, à Loudun, Charles Rogier, sieur de Thuré, fils de Louis, sieur d'Insay à Loudun ;
    3. Madeleine, baptisée en avril 1680 à Loudun et inhumée le 27 novembre 1704 à Veniers ;
    4. René Philippe, qui suit ;
    5. — Losse (René Philippe de), écuyer, sieur de Montbué, baptisé en mars 1683 à Loudun et inhumé le 3 mars 1713 dans l'église de Véniers (Vienne). Il avait épousé, le 22 avril 1705, à Ceaux-en-Loudun (Vienne), Marie-Madeleine de Mondion, baptisée le 4 mai 1682 à Nueil-sous-Faye (Vienne) et inhumée le 27 avril 1742. Celle-ci se remaria par contrat du 7 juin 1720, passé à Loudun, avec René François Sanglier, chevalier et écuyer, sieur de Vaon. De leur mariage, naquirent :
    1. René Philippe, baptisé le 23 janvier 1706 à Véniers et inhumé le 15 août suivant ;
    2. Dominique, qui suit ;
    3. César Augustin, baptisé le 20 octobre 1708 et inhumé le 17 mars 1709 à Véniers ;
    4. Marie, née vers 1709 et inhumé le 22 novembre 1721 à Véniers ;
    5. Marie-Anne, baptisée le 5 juin 1712 à Véniers et inhumée le 27 avril 1742 à Saint-Pierre-de-Maillé (Vienne), qui épousa, le 20 septembre 1731, à Ceaux-en-Loudun, René Vincent de Messemé, sieur de Montbué, né vers 1693 et inhumé le 19 juillet 1760 à Saint-Pierre-de-Maillé ;
    6. — Losse (Dominique), baptisé le 19 octobre 1707 à Véniers et inhumé le 5 novembre 1770 au même lieu, fut chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis et capitaine au régiment de la Tour du Pin-Infanterie. À cette sépulture était présent Louis de Losse, prêtre et curé doyen d'Oiron (Deux-Sèvres). Ce curé, dont je n'ai pu déterminé l'ascendance, s'observe dans cette petite paroisse dès 1747, peut-être même avant, puisqu'il est déjà "doyen". J'ai retrouvé sa signature jusqu'à un baptême en date du 25 avril 1774. C'est lui qui procède à la bénédiction de la cloche, le 10 janvier 1771. Veuf de Louise Colombe de Marçonnay, née le 7 juillet 1712 à Mazeuil (Vienne), fille de Jean Louis, sieur de Mornay, Mazeuil, et autres lieux, et de Marie-Gabrielle de Rasilly, Dominique de Losse épousa par contrat en date du 9 février 1748, reçu par Cerclerc, notaire à Saumur, et le 21 février 1748 en cette même ville, par. Saint-Pierre, Marie-Geneviève Bonnemèrenée vers 1716, fille de maître Nicolas Bonnemère, lieutenant particulier, assesseur criminel et premier conseiller civil de la prévôté de cette ville, et de Catherine Boureau, dont il eut :
    1. Marie-Jeanne Geneviève fut la dernière représentante de la famille De Losse. Elle naquit vers 1752 et décéda le 30 mars 1812 à Poitiers. Elle fut mariée le 11 février 1771 à Messemé (Vienne), à René Henri Louis Jérôme d'Arsac de Ternay, chevalier, capitaine au régiment de dragons d'Iselin de Lanans, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, qui demeure à Véniers en 1781 (voir ci-dessous) ;
      1. Anne Louise, née vers 1753, mariée le 11 février 1771 à Messemé, à Nicolas Charles de Mondion, baptisé le 20 janvier 1732 à Saint-Léger-de-Montbrillais (Vienne). Celui-ci émigra, servit dans l'armée des Princes et décéda le 4 janvier 1792 à Rotterdam ;


      La famille d'Arsac, titrée Marquis de Ternay pour les honneurs de la Cour, était originaire de Bretagne, où elle figurait dès le XIVe siècle (la seigneurie d'Arsac dépend de la commune de Dingé, Ille-et-Vilaine). Son représentant, Rolland d'Arsac, écuyer, seigneur de Savoye, fut capitaine de Tigné et Précigné en Anjou, et vint de Bretagne en Poitou en la fin du XVe siècle.
      Cette famille blasonne comme suit : « de sable à l'aigle éployé d'argent, becqué et onglé de gueules ».
      Parmi les représentants de cette famille, figure notamment Jacques d'Arsac, écuyer, seigneur du Chesne, qui fut archer de la compagnie d'ordonnance du duc de Montpensier (certificat en date du 7 avril 1574). Il fut assassiné en 1576 par Claude de Beauvrau, sieur de Ternay, lequel accusé et convaincu de ce crime, fut condamné à mort par coutumace le 16 septembre 1576 et dut, en outre, payer une forte amende.
      Le meurtrier ayant prit la fuite, et ne s'acquittant pas de sa dette, Mathurine Le Riche, la veuve de Jacques d'Arsac, poursuivit l'exécution du jugement et obtint sa mise à disposition des biens du présumé coupable, en échange du non-paiement de l'amende. C'est ainsi que la famille d'Arsac acquit le château et la seigneurie de Ternay.
      Le père de René Louis Henri Jérôme, Charles François, servit dans la guerre de la succession d'Espagne en qualité d'enseigne de la compagnie-colonelle du régiment de Martel. Il fut ensuite lieutenant de celle des grenadiers de Châteaubriant en 1702 puis capitaine dans ce même régiment. Il mourut en 1732 et laissa de sa veuve, Louise Lefebvre de Laudrière, 4 fils parmi lesquels figure Charles Henri Louis.
      René Louis Henri Jérôme naquit le 4 mai 1730 au château de Ternay. Il fut nommé lieutenant aux dragons d'Apchon en 1755 et comparut à l'assemblée de la noblesse du pays loudunais pour nommer des députés aux États généraux de 1789. Émigré en 1791, il fit la campagne de 1792 dans l'armée des Princes, comme volontaire, dans la 4ème compagnie de la noblesse du Poitou-Infanterie, et mourut à peine revenu en France (Beauchet-Filleau, tome 1, p. 119 à 121). De son épouse, il eut au moins :
      1. Marie-Louise Gabrielle, baptisée le 23 novembre 1771 à Ternay, qui épousa, le 20 avril 1790 à Poitiers, par. Saint-Porchaire, Louis, comte de Vaucelle ;
      2. Marie Adelaïde Charlotte, fut baptisée le 26 juillet 1774 à Véniers et entra au chapitre des dames chanoinesses comtesses de Neuville en 1785. C'est elle qui reçut ses preuves de noblesses cette même année. Elle mourut sans postérité et fut inhumée le 19 décembre 1791 à Poitiers, par. Saint-Porchaire ;




            Sources et extraits (principalement sur Gallica) :
            • Histoire de Civray, Augustin Bobe, 1935
            • Histoire des Protestants et des églises réformées du Poitou, Auguste Lièvre, 1856, tome 1, p. 183, 200, 203 et 204, 251, 257 ;
            • Histoire du monastère et des évêques de Luçon, A.-D. de la Fontenelle de Vaudoré, première partie, 1847, p. 319 et 320 ;
            • La France protestante, Eugène et Émile Haag, 1857, tome VII, p. 136 ;
            • [1] Bulletin de la société du protestantisme français, LVIIIe année, janvier-février 1909, p. 556 ;
            • [2] Registre de la Compagnie des pasteurs de Genèves, tome VII, 1600-1603, p. 14 ;
            • [3] L'intermédiaire des Chercheurs et Curieux, 1911,  n°47, p. 660 à 662 ;
            • [4] Histoire de la Réformation à Dieppe, 1557-1657, tome 1, Guillaume et Jean Daval, 1878, p. 263 ;

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